Il faut que je vous dise la vérité.

En 2021, plus question de me mentir.

J’ai fait un burn-out, en janvier 2020 et j’ai bien failli mourir.

C’est subtil, un burn-out, c’est insidieux et, dans mon cas, c’était très plaisant, du moins en journée. J’adorais mon travail, il me le rendait mal. Je ne bossais pas pour la bonne personne (mais ce n’est pas courant de trouver des managers à la hauteur) et je ne m’épargnais pas. Premier arrivé, dernier parti.

Je lançais mille projets en même temps, je supervisais plusieurs tâches plus complexes les unes que les autres, j’envoyais trop de mail que je rédigeais à la hâte et j’en recevais encore plus que je n’avais pas le temps de lire.

Je me réveillais vers 3H30 chaque nuit et je me levais pour lire sur mon iPad (je ne vous conseille pas la lumière bleue si vous souhaitez retrouver le sommeil). Puis, quand j’en avais assez de lire, je répondais à mes mails en retard (je n’arrivais jamais au bout). Vers 5H45, épuisé, je repartais me coucher et le réveil sonnait à 7h. J’arrivais comme un zombie au bureau. J’accumulais : mal de dos, migraines, migraines avec aura, mal au cou, névralgie de Arnold, épuisement, prise de poids, mal aux genoux, parfois tout cela en même temps. Je buvais du café au litre. J’étais au bord des larmes pour un oui ou pour un non.

Bien sûr que tous les signes étaient là : j’avais perdu mon sens de l’humour, je ne voulais pas m’arrêter pour souffler alors que je souffrais de ma mission quotidienne, j’étais irritable, agacé par tout et n’importe quoi, je ne retenais rien plus de dix minutes et surtout, surtout, je voulais faire plaisir à tout le monde et réussir mon coup. Je ne voulais pas me rater, je ne pouvais pas me rater.

Ah, ça, sur ce point, je ne me suis pas raté. Je suis tombé comme une pierre, un matin de janvier. Impossible de sortir du lit sans pleurer. Impossible de boire le café sans pleurer. Impossible de demander au médecin un bilan complet sans pleurer.

- Un bilan complet ? Mais pour quoi faire ?

- J’ai mal partout, je crois que j’ai un cancer généralisé.

- Non. Je pense que c’est plus grave. Vous êtes en plein déni de burn-out. Il vous faut du repos, des médicaments et en parler à une bonne psy.

- J’en ai déjà une. Je fais de l’EMDR avec elle. Ça marche bien.

- Et elle vous dit quoi ?

- Qu’elle est inquiète et que je devrais aller voir un médecin.

- Elle a raison. Je vous arrête et je vous prescris des antidépresseurs.

- Hors de question de prendre des médocs, pas moi. Plutôt crever. Je ne veux pas prendre ces trucs.

- “Plutôt crever”, vraiment ? Vous en prenez la route directe si vous ne faites pas plus attention à vous tout de suite.

Et il avait raison. J’allais crever. De douleur, de chagrin, de fatigue, de surpoids et de junk food, de colère rentrée, aussi.

J’ai passé le confinement à dormir. Dormir = dormir. J’ai dormi comme je n’avais jamais dormi de ma vie. Je me couchais à 21H, je me levais à 9H30. Je refaisais une sieste à 13H. Les plus belles semaines de ma vie. Le monde s’était arrêté dehors et moi j’étais roulé en boule dedans ma couette. Le bonheur.

Je vais mieux. Mieux, je vais bien. Cela m’aura pris 9 mois en tout pour commencer à sortir du tunnel. C’est long, une remontée de pente. Les médicaments aident énormément. Je culpabilisais beaucoup d’en prendre, au début, puis j’ai fini par comprendre que tout le monde craquait plus ou moins autour de moi (1 français sur 5) pour diverses raisons. Notre psyché prend cher depuis bientôt un an. Épuisé ou pas, on m’a enlevé le cinéma, les expos, les concerts et les visites de châteaux que j’affectionne tant. Métro-boulot-dodo : je suis sorti de mon burn-out pour mieux être enfermé chez moi.

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Pourquoi je vous parle de ça, aujourd’hui ? Et pourquoi avoir renommé Parents de Zèbres en Deuxième partie de vie ?

Parce que je me suis rendu compte que je m’apprêtais avec ma newsletter à reproduire la même bêtise. J’ai conçu ce média de A à Z fébrilement, écrit un mini-mook, embauché une toute petite équipe et rédigé des textes, des interviews. Je me suis mis tout seul une pression de malade pour y arriver et ce qui était un plaisir cet été s’est transformé en “obligation” depuis un mois ou deux. J’ai pourtant réussi mon coup : vous êtes plusieurs milliers à vous être abonné.

Je suis toujours heureux d’avoir lancé cette newsletter. Je souhaite m’exprimer principalement ici et peu sur Twitter, Facebook ou sur Instagram (mon compte est inactif, je me suis rendu compte que voir des corps parfaits toute la journée me faisait grossir).

Mais je ne peux pas m’imposer de créer simultanément un média sur les enfants zèbres tout seul, de nouveau, d’écrire quatre livres en même temps (c’est ce que je suis pourtant en train de faire), de travailler pour mon employeur, de réussir ma vie de couple, de me remettre au sport et j’en passe d’autres. Plein d’autres.

Je me suis rendu compte tout seul comme un grand que je repartais sur des “Il faut” et que tout cela manquait sérieusement de douceur et de plaisir. Message reçu. Je dois être doux avec moi. Rien d’autre ne marche et personne ne sera plus doux avec moi que moi.

Je m’appelle William Réjault, ceci est une newsletter hebdo qui parlera de ce que je ressens, vis, comprends et assimile du monde qui m’entoure. On y parlera de résilience, de zèbres, d’éducation, de PTSD, d’EMDR, d’addictions et d’amour. Vous n’êtes pas obligé de vous abonner mais si vous le faîtes, vous ne raterez pas les prochains numéros. Si vous vous étiez abonné pour “Parents de Zèbres”, je comprendrais très bien que vous partiez. Il y aura du contenu sur ce sujet, au milieu des autres contenus. Je vous remercie pour votre confiance et, pour certains, d’avoir sorti votre CB. je suis très touché.

Enfin, si vous m’avez suivi sur mon blog toutes ces années et que vous vous demandiez où donc je vais m’exprimer, c’est ici.

Bienvenue dans ma deuxième partie de vie.